C'est de ça qu'il est question.
Tu découvres la Vérité, un matin, comme ça. Une chose dont tu es sûr, absolument. Pas d'ombre, pas de doute, rien : la certitude éclatante, écrasante, pas d'échappatoire, pas de coup d'œil de côté, pas de déplacement de chaise, pas de point de vue, pas de jeu, pas de liberté...
Bon, eh bien là, cerné par l'évidence, tu fais quoi?
Impossible de garder ça pour toi. Mais bien sûr ce que tu sais maintenant, les autres... Les autres ne le voient pas. Il faut les prévenir. D'abord on y va doucement, on place une petite idée par-ci par-là, des petits morceaux, on voit un peu les réactions. Rien, ils ne se sont aperçu de rien, petits sourires tendrement moqueurs, un peu étonnés quand même, il plaisante, non? Il faudrait pouvoir la leur lancer entière, cette vérité, la leur lancer à la gueule, d'un bloc. Mais le langage, et puis les préjugés... On essaie quand même, mais ils se détournent, ou s'inquiètent, mais ils n'écoutent pas.
Et pourtant il y a urgence, cette vérité est tout sauf anodine, et seul... Il faut donc que quelqu'un la découvre, n'importe qui, quitte à se ridiculiser auprès de tous les autres. Mais on ne sait pas comment le trouver, celui qui pourrait comprendre, celui à qui on pourrait ouvrir les yeux. Alors on cherche, on se fatigue, on désespère.
Et on finit en homme-sandwich dans le métro à haranguer les usagers en leur disant que les socialo-communistes nous empoisonnent avec des gaz qui font se déchausser les dents.
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