mercredi 10 février 2010

Timidité

Encore un mal du siècle : grande ville, anonymat, peur de l'autre, trouille de soi, évitement, grand concours de bouts de pieds et de vitres et d'air entre les incidents voyageurs, on connait, mais si ce n'était que ça, qui en crèverait?
Suivons la Méthode et inversons le poncif pour en mieux voir la gueule : "C'est sa timidité qui le rend agressif" devient : "Il est trop timide pour te massacrer."
On comprend mieux, d'un coup.


Nous sommes trop gris pour rougir.



Il y a l'ivresse, c'est vrai.
Mais derrière l'ivresse, il y a toujours un matin.
Et derrière le matin se cache toujours un miroir.
Et le miroir te dit que Blanche Neige, cette salope, te survivra.

(On reparlera de Blanche Neige)

Phrases gratuites :

1)Notre innocence pervertie en cynisme se drape bêtement d'une pudeur fausse et craintive.

2) Pour dissimuler nos odeurs vivantes, nous nous aspergeons de parfums carcéraux qu'un maigre relent de corruption parvient seul à percer.

lundi 25 janvier 2010

Placebos existentiels (Unternietzschisme inside)

Si nous n'étions à nous-mêmes charlatans, nous administrant de faux remèdes sensés guérir de fausses affections, si nos soins n'étaient pas créateurs de nos maux et si nos diététiques paradoxales n'anémiaient pas en nous la puissance terrible de la vie, combien de temps faudrait-il à notre santé pour nous anéantir?

jeudi 21 janvier 2010

Christianisme?

Laisse les faire, ne t'énerve pas.
Regarde les comme te regarde ce qui en toi en tes pires moments t'accueille, ce rire à peine audible qui si souvent te sauve.
Offre-le à ceux-là même qui jouiraient de ton indignation, de ta colère, de ta haine ou de ton mépris.
Seule ta bienveillance peut les détruire.
Alors détruis-les.

mercredi 25 novembre 2009

(2)

Je ne crois pas qu'il m'ait jamais attendue. Mais il a toujours été là. Disponible. Accueillant ma colère et ma dévastation avec ce calme unique. je lui demandais parfois comment il arrivait à me supporter, à ne pas me haïr, puisqu'il m'aimait, de me faire tant de mal. La plupart du temps il éludait, ironisait doucement, m'enjoignait à ne pas m'en préoccuper trop. Une fois seulement il m'a répondu : tu es ma seule occasion de force.
Je soupçonnais sa bienveillance infaillible d'être teintée d'indifférence. Je l'en soupçonne encore. Je ne vois pas sinon comment un être d'évitement, un "déserteur", comme il disait, aurait été capable de faire face à ce que je lui jetais à la figure.
Un déserteur sédentaire qui ne sortait que rarement des chemins qu'il avait défrichés quand il se battait encore, quand il fuyait encore - dans son cas c'est presque la même chose. Il ne cherchait déjà plus rien de neuf que des nuances. Il acceptait de vieillir.
A présent que je suis si loin, que tout pour moi est enfin terminé, je le vois comme un point fixe dans la tempête. Le poncif l'aurait fait sourire, sans doute, mais c'est ce qu'il était : un phare indiquant la terre ferme. Une promesse de repos.

samedi 14 novembre 2009

(1)

Je l'imagine parfois comme une boule vibrante, dure, dense et lisse, dont la surface glacée cache le cœur incandescent. Rien ne peut pénétrer. Rien ne doit s’approcher. Polarisée contre.
Chaque douleur l’a resserrée sur elle-même, sur sa brulure, faisant d'elle un refus, une pure résistance. Quand parfois elle semble oublier ses guerres, que son enfance brisée laisse l’enfant encore là affleurer un moment à la surface de ses lèvres, il m'arrive de croire que c'est grâce à moi, pour moi, que ce sourire advient. Je le guette malgré la rétractation violente qui le suit toujours.
J’agis avec elle comme si je devais protéger cette force et cette douleur, comme si la souplesse hypocrite de mes hésitations, de mes oui et de mes non mêlés pouvaient accueillir le poids terrifiant de sa révolte. Comme si ma pauvre légèreté pouvait devenir pour elle apesanteur et l’empêcher de déchirer le sol pour s’enfouir à des profondeurs pour moi inatteignables.
Je redoute et en même temps j’espère le moment où la terre se refermera sur elle, où je ne la verrai plus, où elle ne sera plus qu’un point vide autour duquel je pourrai à mon tour et à mon échelle tourner, durcir, me densifier - prendre du poids.

mardi 13 octobre 2009

Tu la sens?

La peau sur la pierre.

Fantômes

Parler du lieu peut y faire revenir.

On y cherche l'écho silencieux
On y trouve la poussière fidèle
Le craquement du plancher
Le pied sur le bois nu

Si la patience est là
Ou la paresse
Ou la fatigue
Si on reste allongé sous les toiles
Si on attend là où il y a longtemps

Alors peut-être

Parfois

On peut les entendre chuchoter
Écouter leurs soupirs caresser notre chute
Sentir la sècheresse de leur haleine primitive
Retrouver un instant les mots insaisissables de l'endormissement.